"Ceux de qui vous avez pardonné les fautes,
elles leur ont été pardonnées. Ceux de qui
vous avez triomphé, ils ont été vaincus."

 

Jean 20:23

 

 

 

Voici encore une parole du Sauveur qui a été déformée car systématiquement mal traduite. La seconde partie est indépendante de la première et ne parle plus des fautes, mais d'un combat. Il y a des gens qui fautent mais ne reconnaissent pas leurs fautes, par orgueil la plupart du temps. Le Sauveur nous demande alors de les combattre et de triompher d'eux, car le mal les habite. Les prêchi-prêcha qui disent qu'il faut pardonner sont les premiers à ne pas le faire envers autrui (et souvent les premiers à fauter). De plus, si on pardonnait  les fautes, il n'y aurait jamais de procès en Justice et les meurtriers et les violeurs seraient encore en liberté à faire d'autres victimes. Donc la première partie de ce verset concerne les fautes et la seconde partie concerne un combat à mener.

 

 

Krateô en grec, avec le génitif : être maître de, s'emparer de, triompher de.
Au passif : être pris, assujéti, vaincu. De kratos qui signifie : puissance, victoire.

 

 

 

Mariham a dit : "Dis-moi Maître : pourquoi suis-je venue
vers ce lieu, pour gagner ou pour perdre ?" Le Seigneur
a dit : "Pour manifester le surplus du révélateur."

 

Dialogue du Sauveur

 

 

 


"Pour manifester le surplus du révélateur" (ma traduction du copte) : on voit ici une allusion aux paroles cachées que Jésus a enseignées à Marie-Madeleine et pas aux autres apôtres, à ce "surplus" de paroles que Pierre réclame à Marie-Madeleine dans l'évangile attribué à celle-ci :

 

"Rapporte-nous les paroles du Sauveur que tu as en mémoire, celles que tu connais mais pas nous et que nous n'avons pas entendues."

 

On pourra aussi penser à la Pistis Sophia où Marie-Madeleine explique avec "surabondance" les paroles de Jésus.

 

***

 

Mais il faut pour cela que Marie-Madeleine devienne "virile", c'est-à-dire qu'elle ose prendre la parole en public car, comme Paul le rappelle : "Que vos femmes se taisent dans les assemblées car il ne leur est pas permis de parler." (1 Corinthiens 14:34)

 

Paul mais aussi Pierre :

 

"Simon Pierre leur a dit : Que Mariham sorte de parmi nous car les femmes ne méritent pas la vie. Jésus a dit : Voici, celle-ci, moi je l'attirerai afin de la faire virile pour qu'elle devienne elle aussi un souffle vivant semblable à vous les mâles, car toute femme qui se fera virile ira dans le royaume des cieux." (Thomas, logion 114)

 

Le copte 2OOYT = comme substantif : "mâle" mais comme adjectif : "impétueux, viril".

 

"Voici, celle-ci, moi je l'attirerai" : il est important de traduire tous ces termes car Jésus s'oppose ici radicalement à Pierre. Celui-ci généralise (les femmes) et, en incluant les autres disciples (qu'elle sorte de parmi nous), il tente de les rallier à sa cause misogyne. Au contraire, Jésus choisit précisément Mariham (celle-ci) et ne parle qu'en son nom propre (moi je l'attirerai). C'est une leçon donnée à Pierre et à tous (et à Paul plus tard).

 

"Moi je l'attirerai afin de la faire virile pour qu'elle devienne elle aussi un souffle vivant."

 

Dans le silence et l'immobilité, Dieu ne peut pas se manifester. Il a besoin du support d'un souffle, d'un pneuma, d'un air en mouvement comme celui qui passe à travers la gorge de celui qui parle et notamment de ceux qui "profèrent" : les prophètes. Ainsi Jésus veut faire de Marie-Madeleine une femme "pareille à un homme" pour qu'elle puisse parler en public car c'est seulement en s'exprimant qu'elle pourra "manifester ce surplus" des paroles du Maître et les porter vers autrui :

 

"Mon Seigneur, ordonne-moi de parler en liberté." (Pistis Sophia)

 

***

 

Mais c'est aussi en s'exprimant qu'elle peut réveiller et faire vibrer le "Logos" en elle, celui qu'elle appelle son "homme de lumière" :

 

"La vertu de lumière qui était en Marie la Madeleine bouillonna en elle." (Pistis Sophia)


"Mon homme de lumière a des oreilles et je comprends toute parole que tu dis." (idem)

 

"Il arriva donc que Marie, ayant fini de dire ces paroles, le Sauveur admira grandement la sentence des paroles qu'elle avait dites, car elle était devenue tout entière Esprit pur." (idem)

 

 

 

 

 

 

"Toi Mariamme, change ta robe et ton apparence extérieure. Ôte tout ce qui dans ton aspect ressemble à une femme." (Actes de Philippe 8:4)

 

Ainsi, même dans son apparence extérieure, "la préférée entre toutes" pour le petit comité des disciples deviendra "le disciple bien-aimé" pour le public, celui qui écrira (ou plutôt dictera) au masculin un quatrième évangile pourtant tellement spécifiquement féministe - samaritaine, femme adultère, onction à Béthanie, allégorie de la femme qui enfante dans la peine puis se réjouit - et qui se donnera, comme par hasard, le premier rôle à la Résurrection. J'y reviendrai.

 

 

 

"Bienheureux les mendiants en pneuma
car le royaume des cieux est à eux."

 

 


Il est très dommage que cette parole de Jésus ait été traduite systématiquement par "pauvres en esprit" (avec toutes les dérives interprétatives du style "pauvres en mental") car le terme grec utilisé "ptôchos" signifie, sans équivoque possible : "mendiant, qui demande l'aumône". Les nombreuses fois où ce terme est utilisé dans les évangiles le montrent toujours dans un sens de "pauvre, mendicité" et non dans un sens de "pauvre, vide".

 

"Pauvre" dans le sens de "pauvre en esprit" aurait été traduit par "a-poros" : aporos anêr, un homme stupide (Aristophane), aporos diaita, une vie pauvre (Platon), aporos pantôn, manquant de tout (Platon).

 

De plus, si on garde "pneuma" sans le traduire, on voit immédiatement que Jésus n'aurait jamais pu dire à ses disciples : "Bienheureux les pauvres en pneuma", sachant que ce terme de "pneuma" est aussi utilisé comme nom propre pour désigner l'Esprit Saint (Jean 20:22) !

 

Donc : "Bienheureux les mendiants en pneuma" ou "bienheureux ceux qui demandent le pneuma", parole qui fait directement écho à : "Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit accomplie." (Jean 16:24)

 

De même, Jésus dira à ses disciples : "Bienheureux vous les mendiants, car le royaume de Dieu est à vous." (Luc 6:20)

 

***

 

Et si je garde le terme "pneuma" sans le traduire, c'est parce que sa traduction par "esprit" est, elle aussi, réductrice car le grec "pneuma" est l'équivalent exact du sanskrit "prâna" : respiration, souffle, haleine, vent, air vital, substance aérienne ignée. Par conséquent, tout ce qui a été écrit par les philosophes sur le "prâna" peut s'appliquer au "pneuma" et vice-versa, ce qui enrichit considérablement la méditation sur ces deux termes !

 

Ainsi : "Bienheureux les mendiants en prâna, car le royaume des cieux est à eux." Sur l'icône ci-dessous, on voit le Christ représenter la mudrâ du "prâna" avec sa main droite :

 

 

 

 

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