"J'aurais aimé que l'on plante un arbre le jour de ma naissance: un bouleau d'inouïe blancheur, un tremble, un cornouiller aux fruits rouges ou un saule penché sur le miroir glauque des eaux.

J'aurais voulu suivre dans la poussée forte des branches le même développement que dans ma chair d'homme, l'envelopper dans mon regard, le presser entre mes bras en cas de désarroi ou de perte de pesanteur, quand, avec une violence déconcertante, on éprouve des bouffées d'abîme.

Je me mis à marcher, non pour me fuir et m'échapper, mais au contraire pour retrouver une espèce d'intimité dans le mouvement des jambes, la sueur au visage, le sentiment de se répandre dans un paysage que procure toujours une marche à longue haleine.

Arpenter, parcourir, découvrir les chemins creux, les croisées, les clairières, et retrouver l'espace intérieur, le même paysage recomposé sous la peau. Comme une roche obscure produisant en son sein des pierres précieuses, le mouvement allait susciter une étincelle nouvelle, un éclat de soleil s'avivant, s'allumant, levant une clarté dansante et des raisons de se réjouir.

J'étais en levain : en fermentation de moi-même."

 

 

Celui qui oublie où conduit le chemin
Jean-Pierre Otte

 

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"C'est moi la Fiancée, et
le Fiancé c'est mon mari
qui m'a engendrée; c'est
moi la mère de mon père
et la soeur de mon mari
et c'est lui mon rejeton."

Le Tonnerre

 

Nag Hammadi


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