L'air du soir est frais, le silence envahit peu à peu les rives du lac. Une barque passe au loin, le clapotis de ses rames dans l'eau rythme une avancée lente, fatiguée. Simon est près de moi, assis les mains aux genoux sur les galets. Son corps aussi est fatigué, je voudrais qu'il s'allonge et m'offre chaque muscle pour que je le dénoue, l'adoucisse sous le baume. Je voudrais le toucher, embrasser chaque centimètre de sa peau comme si j'arpentais de ma bouche une terre d'accueil, infiniment adorée, sentier après sentier. Tout à l'heure ce sera possible, s'il ne s'endort pas trop vite. Tout à l'heure quand il sera à moi seule, à lui seul, à nous ensemble, seuls.

Mais pour l'instant, ils sont tous là. Taiseux et attentifs, fatigués eux aussi, ils guettent le moment où il va nous parler, où sa fièvre intérieure va submerger sa lassitude, transcender sa parole. Il sait que Judas n'en peut plus, qu'il est à deux doigts de partir. Il me l'a dit presque dans un sanglot. Il voit si loin, mon Simon ! Il voit déjà l'échec, il sait que ses paroles finiront par être torturées comme son corps le sera tantôt. Il voit déjà les siècles défiler sur l'horizon, chacun porteur de son concile traître, de son hostie blasphème, de sa guerre sainte haineuse, de ses prêtres commerçants et pédophiles, de ses processions païennes, de ses icônes embrassées.

Mais il voit aussi des pèlerins affamés de sens, des prêtres douloureux qui tiennent bon dans leur solitude et prient inlassablement en balayant l'église déserte, le soir, pour ne pas pleurer. Il voit les enfants s'émerveiller devant les crèches, il entend les prières imprégnées de souffrance, il sourit aux chants des gospels. Alors soudain il frissonne, comme si le Père venait de lui insuffler une énergie mystérieuse, connue d'eux seuls et un peu de moi. Et il nous dit : "Demain, on partira pour Jérusalem".

 

commentaires

Madeleine 07/06/2019 15:28

Texte écrit le 6 juin 2019.
Image : lac de Tibériade, au loin Magdala et le mont Arbel.

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le Fiancé c'est mon mari
qui m'a engendrée; c'est
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